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timothy williams  

Le prêtre comme héros vulnérable du roman mauriacien

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Résumé (English)

Dans les romans de François Mauriac, le prêtre est presque toujours un personnage fugitif et qui fonctionne à l’arrière-plan. Il s’efface tellement bien du tableau des passions qui perturbent, qui tourmentent les personnages principaux, qu’il est difficile de reconnaître en lui une figure héroïque. Un être presque toujours amputé de sa communauté, le discours du prêtre est réduit au minimum, son influence sur les autres semble négligeable. Pas de miracles, peu de conversions, on voit mal ce que changerait sa soustraction du récit. Ainsi s’est confirmée chez la critique, surtout celle qui se veut catholique, l’idée d’une contrefaçon. Les lecteurs avides d’édification discernent chez Mauriac « une version mutilée de la foi. Leur lecture de Mauriac les persuade que Dieu y est toujours desservi par les siens. On s’étonne du rôle secondaire que jouent, dans l’intrigue du roman, Dieu et la religion. »1

            Même la critique plus « savante » ne trouve pas beaucoup à dire sur le prêtre. Pourtant, l’ecclésiastique chez Mauriac est une figure ou un symbole qui sert toujours à déchiffrer le sens du roman. Son rôle est celui du témoin, le plus souvent muet, d’une certaine vulnérabilité indispensable pour la résolution de la crise mimétique. Avant tout, le prêtre fait preuve de son « immunité au mimétisme » – vertu la plus rare et la plus précieuse, dit René Girard2 – et il désigne la source évangélique de cette immunité. 

Le meilleur exemple est sans doute Alain Forcas, le curé de Liogeats dans Les anges noirs qui, à cause d’une sainteté éclatante, est reçu partout « comme un chien. »3 Écoutez cette phrase extraordinaire où le narrateur résume la fonction dans le village de son pauvre curé : « les autres le chargent de tous les actes immondes qu’eux-mêmes accomplissent dans le secret. »4 Cela dit tout sur le bouc-émissaire. Il y a aussi l’abbé Ardouin du Nœud de vipères, le seul défenseur de Dreyfus contre le bloc familial. Confronté quotidiennement de la méchanceté irréductible de Louis, le petit abbé refuse de proférer la moindre injure, sauf contre lui-même, disant au vieil avare : « Vous êtes très bon. »5 Même dans Thérèse Desqueyroux, roman qui a fait couler tant d’encre, le sort de Thérèse et le sens du roman entier sont impossibles à appréhender sans bien comprendre l’identification de l’héroïne éponyme avec le curé de Saint-Clair, qui est lui-même frappé de l’ostracisme du bouc-émissaire.

Puisque l’ensemble des maîtres de littérature, surtout chez nous en Amérique, refuse de prêter beaucoup d’attention aux théories du mimétisme et au phénomène du bouc-émissaire – un refus à l’unanimité et donc parfaitement mimétique – les lectures de Mauriac ne s’avancent pas en ce qui concerne la compréhension du prêtre et de sa place dans les romans. J’espère démontrer qu’il faut réétudier l’importance du clergé chez Mauriac, et par conséquent une grande partie de son œuvre romanesque.

                                  

 

     1 Jean Touzot. « Quand Mauriac était scandaleux... », p. 139.

     2 René Girard, La route antique des hommes pervers, p. 93.

     3 François Mauriac, Les anges noirs, in Oeuvres romanesques 3, p. 264

     4 ibid.,  p. 330

     5 François Mauriac, Le noeud de vipères, in Oeuvres romanesques 2, p. 438

 

 

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